Lettre ouverte : « Les personnes demandant l’asile sont une solution stratégique aux défis des employeurs »
– Diffusée dans Les Affaires le 4 mars 2026
Les défis auxquels font face les employeurs québécois sont de plus en plus nombreux, multiples et complexes. Or, le Québec peut compter sur une mine d’or de personnes au statut migratoire peu connu qui pourraient permettre de pallier plusieurs enjeux en donnant aux entreprises l’opportunité de diversifier et d’élargir leur bassin de recrutement, de répondre rapidement aux besoins du marché, et ce, tout en respectant le cadre légal : les personnes demandant l’asile.
Ces femmes et ces hommes ont quitté leur pays pour des raisons de sécurité. En arrivant au Canada, ils demandent l’asile, un processus encadré, structuré et rigoureusement évalué.
Leur dossier est par la suite analysé par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR). À l’issue de cette évaluation, la personne peut être reconnue comme « personne protégée » et accéder à la résidence permanente ; c’est le cas d’environ 70 % des demandes.
Toutefois, pendant l’attente d’une décision, qui peut parfois s’étendre sur plusieurs mois, voire quelques années, les personnes en demande d’asile ont le droit de travailler légalement grâce à un permis de travail ouvert et renouvelable. Ces travailleuses et travailleurs sont disponibles, autorisés et motivés à intégrer rapidement le marché du travail.
Une main-d’œuvre motivée, engagée et disponible
Ces femmes et ces hommes sont généralement très enthousiastes à s’intégrer au Québec et à faire leur place sur le marché du travail. Leur potentiel immense demeure toutefois trop méconnu. Déjà en 2022, INICI, un organisme qui œuvre depuis 40 ans à l’intégration sociale, linguistique, régionale et économique des nouveaux arrivants au Québec, s’est penché sérieusement sur la question de l’emploi des personnes en demande d’asile en réalisant une étude auprès des entreprises du Québec.
Le constat était et demeure à l’heure actuelle : trop peu d’employeurs pensent à ces personnes pour faire face à leurs défis alors qu’elles peuvent pourvoir rapidement des postes grâce à leur permis de travail ouvert. Elles peuvent également permettre aux entreprises d’ici de stabiliser leurs équipes dans un contexte de grande incertitude. Loin d’être une solution de rechange, les personnes demandant l’asile doivent être considérées comme une solution stratégique.
Heureusement, des initiatives permettent maintenant la rencontre entre employeurs et personnes demandant l’asile. Le constat est sans équivoque : une fois mis en relation, la magie opère.
Un engouement aux quatre coins du Québec
Plusieurs initiatives sont menées de front au Québec pour faciliter l’intégration professionnelle des personnes en demande d’asile.
Par exemple, le Salon de l’emploi et de l’intégration sociale des personnes demandant l’asile, organisé par INICI avec le soutien financier de plusieurs partenaires tels que le ministère de l’Emploi, Investissement Québec et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) en sera à sa sixième édition le 12 mars prochain au Parc olympique. Cette initiative a fait ses preuves avec un taux de placement des participants supérieur à 70 %.
Autre initiative : En route vers ma région ! lancée l’an dernier, permet de réaliser des maillages professionnels avec des employeurs en région. Le succès a été tel que plusieurs régions réclament de nouvelles missions. Après Chibougamau, Montmagny, Rivière-du-Loup et Saguenay, la prochaine étape sera la Beauce.
La preuve que les initiatives en ce sens fonctionnent et que l’engouement est là : les personnes demandant l’asile sont de moins en moins nombreuses à réclamer l’aide sociale au Québec. En effet, selon le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, les demandes ont baissé de 60 % en 2025 par rapport à 2024. Comme quoi, quand on offre des opportunités et que l’on fait preuve d’ouverture, on peut changer les trajectoires.
Les personnes demandant l’asile arrivent ici avec, il est vrai, des besoins à combler. Mais leur potentiel est immense et la valeur qu’elles apportent à notre société est exemplaire. Elles sont de véritables pépites qui méritent d’être découvertes. Collectivement, nous avons la chance de pouvoir miser sur leurs talents. À nous de la saisir !
Marie-Laure Konan, directrice générale d’INICI